Marine marchande (1939-1940). Photographies du Service cinématographique de la Marine
Découvrez la version numérique de l’exposition Marine marchande (1939-1940), photographies du Service cinématographique de la Marine, présentée par l’ECPAD au Conseil départemental de Loir-et-Cher à l'occasion de la 29e édition des Rendez-vous de l'histoire de Blois 2026.
Introduction
3 septembre 1939 : la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne nazie. Forts de leurs empires coloniaux, viviers de ressources abondantes, et de leur puissance maritime, les Alliés adoptent une stratégie d’asphyxie de l’Allemagne. Ils misent sur une guerre longue et totale, avant tout économique. Le contrôle de la circulation des marchandises devient un enjeu primordial et justifie la mise en place d’un blocus.
Premier acteur concerné, la Marine applique le plan de réquisition de la flotte de commerce, publié dès 1933. Certains navires sont affectés à des missions ponctuelles, principalement de transport opérationnel, et conservent leur équipage civil. Les autres sont armés comme navires auxiliaires de la Marine nationale, leur équipage étant complété par des spécialistes de l’artillerie. Ces bâtiments participent aux opérations de contrôle des voies maritimes, garantissant le blocus imposé au Troisième Reich, ainsi qu’à la protection des flux de marchandises, notamment contre les mines et les attaques de sous-marins allemands.
Pour informer les Français et soutenir l’effort de communication politique, le Service cinématographique de la Marine (SCM) – créé par arrêté ministériel du 3 avril 1936 – produit, entre septembre 1939 et juin 1940, 253 reportages, soit 3 821 clichés, et deux films entre septembre 1939 et juin 1940. Ce sont dix-huit photographes qui sont déployés depuis le bureau central du SCM – situé à l’état-major de la Marine, rue Royale à Paris – vers les centres régionaux de Brest et Toulon. Ces opérateurs embarquent notamment à bord des navires réquisitionnés et travaillent principale ment au Rolleiflex (appareil bi-objectif au format 6 × 6 cm).
La production du SCM s’aligne sur le discours de propagande national : soutenir le moral de l’armée et de la nation ; affirmer le droit, la volonté et la force du pays dans cette guerre. Un grand nombre de reportages sont proposés à la presse après autorisation de diffusion par le Commissariat général à l’information (CGI). Créé en juillet 1939, ce dernier est notamment chargé du contrôle de la diffusion auprès de la presse, via les agences.
Les reportages déclinent ce discours en fonction de l’évolution du contexte social et politique de la drôle de guerre. Ainsi, à l’automne 1939, ils illustrent les opérations de réquisition et d’armement des bâtiments de la flotte de commerce. Pendant l’hiver, ils se recentrent sur les missions d’arraisonnement de navires étrangers, les contrôles, les perquisitions et l’organisation de convois de protection. Le printemps 1940 marque un tournant dans la production : la grande majorité des reportages est consacrée au trans port des troupes vers la Norvège où la reprise des combats met fin à la drôle de guerre.
Armement
Dans le plan de réquisition des navires marchands, l’ampleur des travaux nécessaires à l’adaptation des bâtiments à l’état de guerre a été sous-estimée, tout comme la capacité matérielle et humaine des sites, arsenaux, chantiers privés, pouvant accueillir ces travaux. Pour faire face à la situation, la Marine nationale donne la priorité à l’armement des petits bâtiments, destinés à renforcer la flotte auxiliaire comme dragueurs ou patrouilleurs, deux types de bateaux dont les forces navales ne disposent qu’en trop faible nombre.
Elle privilégie également l’installation rapide d’un armement défensif à l’avant et à l’arrière des plus grands bâtiments afin de les protéger contre les sous-marins et les avions ennemis. Les bateaux réquisitionnés sont pris en charge par le Service mobilisateur des bâtiments de commerce, puis transformés et armés dans des centres prévus à cet effet. Des équipes de cinq canonniers sont formées parmi les réservistes ou les matelots afin de servir les pièces d’artillerie – des canons de 75 mm et de 90 mm ainsi que des mitrailleuses –, qui constituent l’armement militaire des bâtiments de commerce. Le Service cinématographique de la Marine (SCM) doit, lui aussi, s’adapter lorsque l’état-major lui demande de produire des photographies à des fins d’informations et de diffusion.
Pour remplir cette mission, le service va s’appuyer sur la création d’un nouveau centre régional, situé à Cherbourg, et sur la mobilisation de photographes et cinéastes professionnels. Opérationnels dès leur affectation, ceux ci suivent, d’octobre 1939 à avril 1940, les opérations d’armement des navires marchands ainsi que les missions des chalutiers, désormais patrouilleurs ou dragueurs de la flotte auxiliaire. Jean Manzon, photographe pour le quotidien Paris-Soir, les magazines VU et Match, rejoint le centre distributeur du SCM situé à Brest le 16 septembre 1939 aux côtés de six autres confrères. Roger Montéran, cinéaste, intègre le 16 novembre, en compagnie de deux autres opérateurs, le centre régional du SCM de Cherbourg. Ils ont à leur tête le lieutenant de vaisseau René Zuber, journaliste, photographe et documentariste.
Dunkerque (Nord), décembre 1939.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 100-1035
Toulon (Var), décembre 1939.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 159-1998
Toulon (Var), décembre 1939.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 159-1999
Toulon (Var), décembre 1939.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 159-2002
Toulon (Var), décembre 1939.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 159-2009
Cherbourg (Manche), janvier 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 120-1416
Brest (Finistère), mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 159-2015
Lieu indéterminé, novembre 1939.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 31-314
Lieu indéterminé, novembre 1939.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 31-300
Lieu indéterminé, novembre 1939.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 31-321
Lieu indéterminé, novembre 1939.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 32-327
Lieu indéterminé, janvier 1940.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 139-1754
Lieu indéterminé, entre octobre 1939 et mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 62-625
Lieu indéterminé, entre octobre 1939 et mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 163-2092
Lieu indéterminé, entre octobre 1939 et mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 6-25
Lieu indéterminé, entre octobre 1939 et mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 62-615
Lieu indéterminé, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 159-2018
Cette photo, comme d’autres du même reportage, accompagne un article intitulé « Les ‘‘nettoyeurs’’ de la mer », paru dans le magazine L’Illustration de novembre-décembre 1939. René Zuber, embarqué à bord d’un chalutier dragueur de mines, est l’auteur des photographies et peut-être même celui de l’article, sous-titré simplement « Notes d’un témoin oculaire ».
Lieu indéterminé, novembre 1939.
René Zuber/SCM/ECPAD/MARINE 32-329
Blocus
Les Alliés mettent en place un blocus, qui dans certaines zones, comme le pas de Calais, détroit maritime situé à l'extrémité orientale de la Manche, permet de repérer et de couler des sous-marins allemands, et, plus largement, d’arraisonner un grand nombre de navires marchands sur l’ensemble des mers et des océans.
À la fin de l’hiver 1939, les photographies de ces opérations d’arraisonnement et de saisie des navires neutres ou ennemis sont particulièrement prisées par la presse régionale, nationale ou internationale. Leur diffusion est encadrée par le Commissariat général à l’information (CGI), qui accorde un visa aux clichés dont la reproduction, gratuite, est autorisée. Le CGI sélectionne ainsi les images à diffuser, et, parfois, lorsque les instructions préalables données aux photographes n’ont pas suffi, désigne celles qui doivent être censurées.
Le Service cinématographique de la Marine réalise un grand nombre de reportages qui illustrent l’état de guerre larvé qui s’étend sur le continent, et les tensions géopolitiques et commerciales qui en découlent. Ainsi, bien que l’Italie n’ait pas encore déclaré la guerre à la France, ses navires de commerce sont soumis à des contrôles et à des fouilles. Le Tagliamento, photographié dans le port de Casablanca, en offre un exemple : les autorités y découvrent un passager clandestin. Le Danemark, pays resté neutre y compris après l’invasion allemande du 9 avril 1940, voit plusieurs de ses navires marchands saisis par les Alliés, comme l’Hélène, intercepté au large du Portugal et aussitôt conduit à Brest. Enfin, les navires allemands ont souvent recours au sabordage avant d’être pris, ce qui en rend la capture aussi précieuse que difficile aux yeux de la propagande alliée.
Casablanca (Maroc), mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 175-2255
Casablanca (Maroc), mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 175-2253
Casablanca (Maroc), mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 175-2252
Casablanca (Maroc), mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 175-2270
Casablanca (Maroc), mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 175-2267
Casablanca (Maroc), mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 175-2277
Atlantique, 10 février 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 135-1667
Atlantique, 10 février 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 135-1653
Atlantique, 10 février 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 135-1671
Atlantique, 10 février 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 135-1672
Au large du Portugal (Atlantique), 9 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 215-2977
Au large du Portugal (Atlantique), 9 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 215-2978
Au large du Portugal (Atlantique), 9 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 215-2979
Au large du Portugal (Atlantique), 9 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 215-2982
Au large du Portugal (Atlantique), 9 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 215-2987
Au large du Portugal (Atlantique), 9 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 215-2985
Lieu indéterminé, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 158-1967
Lieu indéterminé, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 158-1978
Lieu indéterminé, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 158-1983
Lieu indéterminé, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 158-1984
France, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 158-1987
France, mars 1940.
Roger Montéran/SCM/ECPAD/MARINE 158-1975
Dans la nuit du 10 au 11 février 1940, l’aviso Élan de la marine française intercepte et capture le cargo allemand Rostock avant qu’il ne se saborde. Une fois le jour levé, des scènes de cette capture sont reconstituées pour les besoins de Jean Manzon, photographe du SCM, qui se prête à un exercice proche du roman-photo. Un quartier-maître simule plusieurs actions devant l’objectif. La photographie de ce dernier, l’arme au poing, illustre l’article sur la prise du cargo, paru dans le magazine Match du 22 février 1940.
Atlantique, 10 février 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 135-1675
Convois
Les cargos et les paquebots, navires marchands de grande envergure réquisitionnés pour l’approvisionnement et le transport des troupes, ne peuvent pas circuler sans protection face au danger per manent que constitue la présence des mines, sous-marins et avions ennemis. Les amirautés française et britannique organisent des convois pour escorter ces bateaux, notamment lors des traversées de l’Atlantique. Elles mobilisent à cet effet croiseurs auxiliaires, contre-torpilleurs et ravitailleurs. C’est également le cas au printemps 1940 lors du lancement de la campagne de Norvège.
Depuis Brest, à partir du 12 avril, plusieurs convois appareillent à destination de Greenock en Écosse. Ils se rendent ensuite à Namsos ou à Narvik, en Norvège. Le départ du Corps expéditionnaire français en Scandinavie est de loin l’évènement le plus photographié dans le fonds photographique du Service cinématographique de la Marine durant la drôle de guerre. 309 photos, depuis les préparatifs sur les quais jusqu’à l’appareillage des navires, témoignent de la logistique opérationnelle militaire qui annonce les combats. Elles sont réalisées par quatre opérateurs : Albert Jammaron, Jean Manzon, Roger Montéran et André Costey. Ces trois derniers embarquent avec les troupes afin de couvrir la campagne jusqu’en Scandinavie.
Atlantique, mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 165-2111
Lieu inconnu, mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 163-2089
France, mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 168-2163
Atlantique, mars 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 168-2165
Alger (Algérie), mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 166-2136
New York (États-Unis), mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 164-2097
New York (États-Unis), mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 164-2096
New York (États-Unis), mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 164-2098
New York (États-Unis), mars 1940.
Robert Petiot/SCM/ECPAD/MARINE 164-2100
Brest (Finistère), 17-18 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 213-2950
Brest (Finistère), 20-21 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 217-3034
Brest (Finistère), entre le 12 et le 21 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 217-3013
Brest (Finistère), entre le 12 et le 21 avril 1940.
Albert Jammaron/SCM/ECPAD/MARINE 217-3000
Brest (Finistère), entre le 12 et le 21 avril 1940.
André Costey/SCM/ECPAD/MARINE 216-2994
Brest (Finistère), 12 avril 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 211-2917
Dans le numéro du magazine Match du 2 mai 1940, qui titre à la une « Les Français en Norvège », plusieurs pages sont illustrées par les clichés des opérateurs du SCM. Cette photographie, réalisée par Jean Manzon et maquettée sur une page entière, est accompagnée d’une légende dont le lyrisme fait écho à celui de l’article : « Les chasseurs montent la coupée, l’héroïque aventure commence. »
Brest (Finistère), entre le 12 et le 21 avril 1940.
Jean Manzon/SCM/ECPAD/MARINE 207-2878
Direction : Laurent Veyssière
Commissariat : Daniel Coutelier, Floriane Germain
Création graphique : Guillaume Debrie
Traitement des photographies : Lolita Lebreton
Adaptation numérique : Maxime Bugeaud