Le fort d’ivry

Avant d’être le gardien des archives audiovisuelles de la Défense, le fort d’Ivry est un élément de la ceinture défensive de Paris. Construit entre 1841 et 1846, dans le cadre du plan de fortification d’Adolphe Thiers, le fort abrite, depuis 1946, les locaux du service cinématographique des armées (SCA). Siège de combats en 1870 et 1871, il conserve en grande partie ses éléments d’origine, ainsi qu’un formidable réseau de carrières, exploité jusqu’au milieu du XIXe siècle pour l’édification de nombreux monuments parisiens.

En 1841, Adolphe Thiers, député et principal promoteur de l’enceinte fortifiée parisienne, déclare : « C’est Paris qui parle par la presse, qui commande par le télégraphe. Frappez ce centre et la France est, comme un homme, frappée à la tête ».

Un crédit exceptionnel de cent quarante millions de francs est ouvert en avril 1841 pour permettre la construction des fortifications de Paris. Entre 1841 et 1846, d’immenses travaux sont effectués sous la supervision du général Dode de la Brunerie. La capitale est dotée d’une enceinte de trente-quatre kilomètres intra-muros, accompagnée d’une voie ferrée destinée à l’approvisionner en munitions. Seize ouvrages extérieurs casematés, appelés « forts », constituent une première ligne défensive. Le fort d’Ivry, placé entre les communes d’Ivry et de Vitry, s’inscrit dans ce dispositif.

Les travaux du fort d’Ivry, dirigés par un ingénieur civil, M. Barison, sont réalisés en quatre ans. Environ mille ouvriers sont employés à l’élévation du fort, pentagone à cinq bastions d’une superficie intérieure de dix hectares (vingt-cinq avec les fossés et les glacis). Le rempart est muni d’une escarpe avec chemin de ronde pour l’infanterie. La place d’armes est entourée d’une grande caserne pour la troupe, de deux pavillons pour les officiers et de deux magasins à poudre, toujours visibles. Le fort dispose d’un ingénieux système d’évacuation des eaux pluviales redirigées vers les carrières. Exploitées depuis l’Antiquité pour la « pierre de Vitry », ces carrières compliquent le travail des ingénieurs qui prévoient leur consolidation par d’importants travaux de confortation destinés à supporter la masse du fort.

En 1846, le fort d’Ivry reçoit sa première garnison. En juin 1848, lors des journées révolutionnaires qui précèdent l’avènement de la deuxième République, le fort est transformé en prison où plus de mille cinq cents insurgés sont incarcérés dans des conditions très dures. Entre 1852 à 1860, deux kilomètres de galeries seront renforcés pour servir d’abris contre les bombardements. En effet, l’obus à charge creuse, apparu au début du XIXe siècle, rend peu à peu obsolètes les fortifications non enterrées.

Lors de la guerre contre la Prusse, de 1870 à 1871, le fort d’Ivry occupe une place majeure dans la défense de Paris. Tenu par un bataillon de marins de Brest de plus de deux mille hommes, commandé par le capitaine de vaisseau Krantz et armé de quatre-vingt-quatorze canons, le fort appuie les contre-attaques menées les 29 et 30 septembre 1870 en direction des avant-postes du 6e corps prussien, au nord de Choisy-le-Roi, Thiais et Chevilly-Larue.

La capitulation de Paris et l’armistice de janvier 1871 ouvrent à l’ennemi les portes des forts parisiens, dont celui d’Ivry. Le 6e corps prussien qui s’y installe du 29 janvier au 20 mars 1871 met en batterie un puissant mortier de 210 mm et des canons de 150 mm, braqués sur la capitale en cas de reprise des combats.

Après le départ des Prussiens, un bataillon de la garde nationale fédérée, commandé par le colonel Rogowski, prend possession du fort. À la chute de la Commune de Paris en mai 1871, devant la menace d’un assaut des troupes du 3e corps versaillais et soumis à un terrible bombardement, les fédérés évacuent le fort dans la nuit du 24 au 25 mai 1871. Lors du pilonnage, une poudrière explose, dévastant ainsi neuf casemates et provoquant l’effondrement d’une partie de la carrière.

Dès 1872, le fort d’Ivry voit ses casernes refaites et son chemin de ronde reconstruit. La suite de l’histoire est plus paisible. En 1896, l’abbé Lemire crée la Ligue du coin de terre et du foyer qui, dès 1909, aménage les jardins ouvriers dans les fossés du fort toujours en service.

Divers régiments se succèdent au fort dans la première moitié du XXe siècle, notamment les 21e et 23e régiments d’infanterie coloniale. Pendant la première guerre mondiale, un poste de défense contre avions y est aménagé pour prévenir les attaques des Gothas, bombardiers allemands. En juin 1940, il est occupé par une garnison allemande commandée par le lieutenant Seidel et sert de dépôt de matériels. À la Libération, il est successivement occupé par les Forces françaises de l’intérieur puis l’armée américaine, avant d’être aménagé en avril 1945 en centre militaire de rapatriement des prisonniers de guerre.

À partir de 1946, d’importants travaux sont menés pour réhabiliter les lieux afin d’accueillir le SCA. Au fil des ans, les casemates du fort sont aménagées en magasins de stockage pour contenir les millions de documents conservés par le pôle des archives. Les anciennes poudrières sont, quant à elles, reconverties en studio de prise de vues et en auditorium.
En 2008, ces espaces sont réaménagés en magasins de stockage spécialement adaptés à la conservation de 90 000 bobines de films.