histoire-ECPAD_v

Dates clés de l’ECPAD :

Février 1915 :  création de la section cinématographique de l’armée (SCA).

Mai 1915 :  création de la section photographique de l’armée (SPA).

Janvier 1917 :  fusion des deux sections dans la section photographique et cinématographique de l’armée (SPCA).

Août 1918 :  la SPCA devient le service photographique et cinématographique de guerre (SPCG).

1919 :  dissolution de la SPCA.

1920 :  création de la section d’enseignement par l’image, bientôt appelée section cinématographique,                                                  alors rattachée au service géographique de l’armée.

1936 :  création du service cinématographique de la marine.

1937 :  création du service cinématographique de l’armée de l’air.

1939 :  mobilisation du service cinématographique de l’armée (SCA).

1946-1949 :  le SCA devient interarmées. Installation des services au fort d’Ivry.

1961 :  le SCA devient l’établissement cinématographique des armées (ECA).

1969 :  l’ECA devient l’établissement cinématographique et photographique des armées (ECPA).

2001 :  l’ECPA devient l’établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense

             (ECPAD), sous le statut d’établissement public à caractère administratif (EPA).

 

 

L’invention de la photographie, puis celle du cinéma, au XIXe siècle ont forcé les États à se poser la question de la place de l’image dans leur communication, en particulier en ce qui concerne les forces armées. En France, malgré plusieurs tentatives entreprises dès les années 1860, notamment lors de la guerre de Crimée, la création d’une unité spécialement vouée à la prise d’images remonte à la première guerre mondiale.

La section photographique de l’armée (SPA) et la section cinématographique de l’armée (SCA) sont respectivement créées en février et avril 1915, se voyant assigner comme principaux objectifs de combattre la propagande visuelle allemande active dès août 1914, de contribuer au ralliement des nations demeurées neutres et de constituer un témoignage sur la guerre et ses dévastations. Les ministères de la guerre, des affaires étrangères et de l’instruction publique et des beaux-arts s’associent aux quatre grandes sociétés de production cinématographique pour réunir une centaine de personnels dans des locaux de la rue de Valois à Paris. Entre 1915 et 1919, plus d’une cinquantaine d’opérateurs militaires réalisent des milliers de photographies et d’actualités cinématographiques, diffusés à grande échelle, en France et à l’étranger, dans la presse illustrée et les salles de cinéma.

Les opérateurs de la SPCA témoignent de tous les aspects de la vie quotidienne du conflit, celle des Français comme celle des combattants alliés, à l’arrière comme sur le front. Ainsi, ils couvrent les combats de Verdun et de la Somme en 1916, du chemin des Dames en avril 1917, les grandes offensives de l’été et de l’automne 1918 mais aussi les opérations dirigées sur le front d’Orient, en Égypte, en Arabie et en Russie à partir de 1919.

En septembre 1919, le SPCG reçoit son ordre de dissolution. Seules de petites unités de prise de vues poursuivent leur activité durant les années 1920 et 1930. Dirigée par le capitaine Joseph Calvet, la section cinématographique de l’armée, dès lors rattachée au service géographique, favorise une large diffusion de films d’instruction au sein des casernes.

En septembre 1939, le ministère de la guerre réactive le service cinématographique de l’armée (SCA). Installés à Paris, les opérateurs réalisent des centaines de documents sur la « drôle de guerre ». La défaite de juin 1940 entraîne le repli du SCA en zone libre et à Alger, qui œuvre au profit de l’armée d’armistice et du gouvernement de Vichy. En novembre 1942, l’opération Torch permet aux opérateurs du SCA d’être engagés dans les combats d’Afrique du Nord, d’Italie puis de la libération de la France, suivant pas à pas les Alliés dans leur victoire contre l’Allemagne nazie. Tous font preuve de courage, filmant ou photographiant sous le feu de l’ennemi.

Au lendemain de la guerre, le SCA, installé au fort d’Ivry-sur-Seine, devient officiellement interarmées et dispose d’antennes basées en Allemagne, en Tunisie, en Algérie ou au Maroc. Les opérateurs militaires couvrent de nouveaux conflits. Dépêchés en Indochine dès 1945 puis rattachés à partir de 1951 au service presse information (SPI), les caméramans et photographes du SCA réalisent des milliers de reportages sur la vie des combattants du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO). De grands noms du cinéma et de la photographie font alors leurs premières armes, à l’image de Pierre Schoendoerffer, engagé en 1952, qui filme la bataille de Diên Biên Phu. Après les accords de Genève conclus en juillet 1954, les reporters du SPI assistent au départ des forces françaises jusqu’en 1956.

À la suite des événements de la Toussaint 1954, l’armée française est engagée en Algérie. Entre 1954 et 1964, engagés et appelés du SCA assurent la couverture en images des opérations militaires. Rattaché au bureau de l’action psychologique, le SCA d’Alger s’emploie à mettre en valeur la politique de pacification, soulignant les enjeux socio-économiques du pays. En 1960, les équipes du SCA enregistrent les premiers essais nucléaires effectués dans le Sahara, ainsi que les premiers tirs de fusées stratosphériques qui offrent à la France un statut de grande puissance.

Le SCA participe à la promotion et la valorisation de l’armée. Sont alors produits de nombreux films d’instruction, en grande partie destinés aux appelés du contingent, dont le contenu vise aussi bien à enseigner les tactiques du combat qu’à montrer la conduite que chaque soldat doit tenir auprès des populations civiles. Nombre de ces productions sont l’œuvre de futurs grands noms du cinéma, de la télévision et de la photographie. Bénéficiant de studios équipés de matériels performants, qui font de lui le premier producteur de France, le SCA attire de jeunes vocations, qui, sortant d’école de cinéma, y effectuent leur service militaire. Claude Lelouch, Philippe de Broca, Gérard Pirès, Alain Cavalier ou encore Bruno Podalydès réalisent des films pour le SCA et l’ECPA. Des inventions naissent également au fort d’Ivry : en 1972, Jean-Marie Lavalou et Alain Masseron mettent au point la Louma, dont le dispositif monté sur une grue, célébré par un Oscar technique en 2005, permet à la caméra d’opérer des mouvements fluides et variés dans l’espace.

Au cours des années suivantes, le service cinématographique de l’armée, rebaptisé à partir de 1961 ECA, œuvre au profit de la valorisation des armées et de l’industrie d’armement française, dans un contexte international marqué par la guerre froide et la sortie de la France de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) en 1966. En parallèle, les opérateurs de l’ECPA, établi en 1969, sont engagés dans les nombreuses opérations extérieures (OPEX). De l’expédition de Suez à Kolwezi, du Tchad au Liban, du Golfe à l’ex-Yougoslavie, des Balkans à l’Afghanistan, les décennies qui suivent voient se succéder les crises majeures où les équipes de tournage de l’ECPA sont déployées pour témoigner des actions menées par l’armée française sur terre, sur mer ou dans les airs, qu’elle soit engagée sous mandats de l’ONU ou de l’OTAN.

En 2001, le service change de nom et de statut. Désormais ECPAD, il devient un établissement public à caractère administratif (EPA). De nos jours, les équipes image sillonnent les théâtres d’opérations et poursuivent l’œuvre entreprise par les premiers opérateurs du cinéma et de la photographie aux armées. Centre d’archives, l’ECPAD conserve, restaure et communique l’ensemble de ce patrimoine en images.